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Vases de Sèvres offerts aux membres de la Commission internationale du mètre

Le 7 octobre 1872, désireux de laisser aux membres de la Commission internationale du mètre un témoignage de gratitude pour leurs importants travaux, Adolphe Thiers, président de la République française, donne l'ordre à la Manufacture nationale de porcelaine de Sèvres de décorer un « objet d'art » pour chacun d'entre eux, portant l'inscription : Commission internationale du mètre, Paris 1872, avec le nom et la qualité du destinataire.

Il s'agit de vases de 70 cm de haut, de 28 cm de large, en forme d' « œuf », sur fond bleu lapis, avec décors et inscriptions en or, et anses en bronze doré.

vase de Sèvres offert à E. Péligot

Sur les 55 vases fabriqués et offerts à différents savants et personnalités français et étrangers, entre mars et novembre 1873, une dizaine ont été retrouvés. La plupart des vases sont restés dans la famille des destinataires. Certains sont visibles dans des musées ou des observatoires, auxquels ils ont été offerts.

Parmi les vases retrouvés, notons ceux de :

  • G. Airy (Observatoire royal de Greenwich, Londres),
  • M. de Balcarce (à la mairie de Brunoy dans l'Essonne, offert à cette ville par la fille de M. de Balcarce),
  • J. Bosscha (musée Boerhaave, Leyde, Pays-Bas, prêté par l'arrière-petite-fille de J. Bosscha),
  • J. Henry (National Museum of History and Technology, Smithsonian Institution, Washington D.C., prêté au NIST),
  • M. de Jacobi (VNIIM, Saint-Pétersbourg),
  • E. de Krusper (Musée national hongrois, Budapest),
  • U. J.-J. Le Verrier (Observatoire de Paris),
  • E. Péligot (Famille Savreux, puis offert au BIPM en 1988),
  • J. Stas (Salle J. Stas des Laboratoires de chimie de l'Université de Bruxelles),
  • H. Tresca (Musée du CNAM, Paris),
  • H. Wild (Bureau fédéral des poids et mesures, maintenant Metas, Berne).

Parmi les membres français de la Commission internationale du mètre figurait le chimiste Eugène Péligot (1811-1890), membre de l'Académie des Sciences, dont la famille résidait à Sèvres dans une grande maison ayant appartenu au duc de Chaulnes, rue de Vaugirard (maintenant rue Troyon).

Le 25 avril 1873, Eugène Péligot reçut quai Conti à Paris le vase de sèvres qui lui était destiné et qu'il fera transporter dans son logement de Sèvres. Lors du bombardement des usines Renault par la Royal Air Force dans la nuit du 3 mars 1942 sa maison fut détruite, mais le vase fut retrouvé intact par Maurice Savreux (époux de Marthe, petite-fille de M. Péligot), conservateur du Musée de céramique de Sèvres de 1919 à 1926, puis directeur de la Manufacture en 1946-1947.

En 1975, le vase d'Eugène Péligot fut prêté par Madame Savreux à la Conférence générale des poids et mesures pour la célébration du centenaire de la Convention du Mètre. Après sa mort, son fils, M. Henri Savreux, profita de la réunion annuelle du CIPM et de l'inauguration le 5 octobre 1988 du Nouveau pavillon à côté du Pavillon de Breteuil, pour remettre le vase de son arrière-grand-père à M. Terry Quinn, directeur du BIPM, en prononçant une allocation qui se terminait par ces mots :

    Mes parents et moi-même avons toujours aimé l'humour britannique. Aujourd'hui nous sommes comblés. En effet, remettre à M. Quinn, qui est le premier britannique appelé aux fonctions de directeur du Bureau international des poids et mesures, un vase qui a survécu au bombardement du 3 mars 1942 par la Royal Air Force, voilà une situation qui ne manque pas d'un certain piquant.
M. D. Kind, président du CIPM, lui répondit « Où mieux qu'au BIPM, dont la création fut l'aboutissement ultime des travaux de la Commission internationale du Mètre, aurait pu se perpétuer le souvenir d'Eugène Péligot et de son action pour l'expansion du système métrique ? Le travail qui se poursuit depuis plus d'un siècle au BIPM est en effet une suite logique de ce dont nos aïeux , le vôtre en particulier, ont été les initiateurs avec une remarquable clairvoyance. Ce vase en sera le témoin permanent. »



Sources : Lettre du ministère de l'Industrie du 22 mars 1979 au sujet de la Commission internationale (1872) et de la Conférence diplomatique du mètre (1875), signée par M. Louis Marquet, ingénieur divisionnaire des travaux métrologiques, chargé de la documentation, et article dans le Bulletin municipal de Sèvres, mars 1991, signé également de Louis Marquet.
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