– l'organisation intergouvernementale dont les États Membres agissent
en commun en ce qui concerne les sujets liés à la science des mesures
et aux étalons de mesure.
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La Commission internationale du mètre (1870-1872)

    La Commission internationale du mètre, dotée d'une section française, fut mise en place en 1870 à Paris. Elle se réunit au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) à Paris du 8 au 13 août 1870, et confia l'étude des questions techniques à un Comité des recherches préparatoires, qui se réunit du 2 au 14 avril 1872.

    Les travaux de la Commission, animés par le général Morin, membre de l'Institut et directeur du Conservatoire, reprirent du 24 septembre au 12 octobre 1872, pour continuer son travail et prendre des décisions définitives. avec la participation d'une trentaine de pays, dont dix appartenant au continent américain. Ils aboutirent à la fabrication de nouveaux prototypes métriques et ultérieurement, à la signature de la Convention du Mètre et à la création du Bureau international des poids et mesures.


    Contexte :

    En 1867, la Conférence géodésique internationale réunie à Berlin souligna l'importance d'un système unique de poids et mesures en Europe, le Système métrique, et recommanda la construction d'un nouveau mètre prototype européen et la création d'une commission internationale. L'Académie des sciences de Paris et le Bureau des longitudes attirèrent l'attention du gouvernement français sur ce sujet. L'Académie de Saint-Pétersbourg et la Commission anglaise des étalons allèrent dans le même sens.

    Napoléon III approuva par décret le 1er septembre 1869 un rapport du ministère de l'Agriculture et du Commerce proposant la création d'une commission scientifique internationale afin de propager l'usage général des mesures métriques et de faciliter les échanges et les comparaisons de mesures entre les États, et de procéder à l'exécution d'un mètre à traits international, donnant à la France un rôle moteur.

    Le 16 novembre 1869, le gouvernement français envoya aux États étrangers une invitation à se faire représenter à cette commission. L'Autriche-Hongrie, la Bavière, la Belgique, le Chili, la Colombie, l'Équateur, l'Espagne, les États-Romains, les États-Unis d'Amérique, la Grande-Bretagne, la Grèce, l'Italie, le Nicaragua, les Pays-Bas, le Pérou, le Portugal, la Prusse et la Confédération de l'Allemagne du Nord, la Russie, le San Salvador, la Suède et la Norvège, la Suisse, la Turquie, le Venezuela et le Wurtenberg y répondirent favorablement.


    Voir également :

    Le 29 janvier 1873, au nom du ministère de l'Agriculture et du Commerce, un arrêté d'ampliation demande de frapper à la Monnaie de Paris une médaille en bronze commémorative des travaux de la Commission internationale du mètre. Tous les membres de la Commission internationale du mètre ont reçu un exemplaire de cette médaille en septembre-octobre 1875. Cette médaille a aussi été distribuée à un grand nombre de savants français et étrangers qui ont pris part aux travaux de la Commission internationale du mètre, et notamment aux membres de la section française chargée de préparer la construction des prototypes internationaux.

    picture of medal: side with figures Cette médaille, dessinée par Chaplain, a 10 cm de diamètre et pèsera 500 grammes.

    L'une des faces est décorée de figures allégoriques (la Science tenant le nouveau mètre étalon, entourée de l'Europe, de l'Amérique et de l'Asie) et du texte latin Populorum concordia sacrum (Témoignage de la concorde des peuples ; Paris 1872).
    picture of medal: side with text Sur l'autre face une inscription est gravée :

    VIRIS DOCTIS EXEMPLARI METRI CONDENDO DELECTIS OPERIS GNAVITER ET FELICITER EXACTI MEMORIAM UNIVERSIS AC SINGULIS DEDIT GRATA GALLIA PUBLICE MDCCC LXXIIII

    (Aux hommes savants choisis pour établir le modèle du mètre ; à tous, à chacun, la France reconnaissante offrit publiquement le souvenir de l'oeuvre résolument et heureusement accomplie. 1874)


    et en exergue :

    NOVA PONDERUM AC MENSURARUM RATIO IN GALLIA INSTITUTA M GERM A REIP CONDITAE III

    (Nouvel étalon des poids et mesures adopté en France, au mois de Germinal de l'an 3 de la fondation de la République)
    Le 7 octobre 1872, désireux de laisser aux membres de la Commission internationale du mètre un témoignage de gratitude pour leurs importants travaux, Adolphe Thiers, président de la République française, donne l'ordre à la Manufacture nationale de porcelaine à Sèvres de décorer un « objet d'art » pour chacun d'entre eux, portant l'inscription : Commission internationale du mètre, Paris 1872, avec le nom et la qualité du destinataire.

    Il s'agit de vases de 70 cm de haut, de 28 cm de large, en forme d' « œuf », sur fond bleu lapis, avec décors et inscriptions en or, et anses en bronze doré.

    Sèvres vase awarded to E. Péligot

    Sur les 55 vases fabriqués et offerts à différents savants et personnalités français et étrangers, entre mars et novembre 1873, une dizaine ont été retrouvés. La plupart des vases sont restés dans la famille des destinataires. Certains sont visibles dans des musées ou des observatoires, auxquels ils ont été offerts. Parmi les vases retrouvés, notons ceux de :

    • G. Airy (Observatoire royal de Greenwich, Londres),
    • M. de Balcarce (à la mairie de Brunoy dans l'Essonne, offert à cette ville par la fille de M. de Balcarce),
    • J. Bosscha (musée Boerhaave, Leyde, Pays-Bas, prêté par l'arrière-petite-fille de J. Bosscha),
    • J. Henry (National Museum of History and Technology, Smithsonian Institution, Washington D.C., prêté au NIST),
    • M. de Jacobi (VNIIM, Saint-Pétersbourg),
    • E. de Krusper (Musée national hongrois, Budapest),
    • U. J.-J. Le Verrier (Observatoire de Paris),
    • E. Péligot (Famille Savreux, puis offert au BIPM en 1988),
    • J. Stas (Salle J. Stas des Laboratoires de chimie de l'Université de Bruxelles),
    • H. Tresca (Musée du CNAM, Paris),
    • H. Wild (Bureau fédéral des poids et mesures, maintenant Metas, Berne).

    Parmi les membres français de la Commission internationale du mètre figurait le chimiste Eugène Péligot (1811-1890), membre de l'Académie des Sciences, dont la famille résidait à Sèvres dans une grande maison ayant appartenu au duc de Chaulnes, rue de Vaugirard (maintenant rue Troyon).

    Le 25 avril 1873, Eugène Péligot reçut quai Conti à Paris le vase de sèvres qui lui était destiné et qu'il fera transporter dans son logement de Sèvres. Lors du bombardement des usines Renault par la Royal Air Force dans la nuit du 3 mars 1942 sa maison fut détruite, mais le vase fut retrouvé intact par Maurice Savreux (époux de Marthe, petite-fille de M. Péligot), conservateur du Musée de céramique de Sèvres de 1919 à 1926, puis directeur de la Manufacture en 1946-1947.

    En 1975, le vase d'Eugène Péligot fut prêté par Madame Savreux à la Conférence générale des poids et mesures pour la célébration du centenaire de la Convention du Mètre. Après sa mort, son fils, M. Henri Savreux, profita de la réunion annuelle du CIPM et de l'inauguration le 5 octobre 1988 du Nouveau Pavillon à côté du Pavillon de Breteuil, pour remettre le vase de son arrière-grand-père à M. Terry Quinn, directeur du BIPM, en prononçant une allocation qui se terminait par ces mots :

      Mes parents et moi-même avons toujours aimé l'humour britannique. Aujourd'hui nous sommes comblés. En effet, remettre à M. Quinn, qui est le premier britannique appelé aux fonctions de directeur du Bureau international des poids et mesures, un vase qui a survécu au bombardement du 3 mars 1942 par la Royal Air Force, voilà une situation qui ne manque pas d'un certain piquant.

    M. D. Kind, président du CIPM, lui répondit « Où mieux qu'au BIPM, dont la création fut l'aboutissement ultime des travaux de la Commission internationale du Mètre, aurait pu se perpétuer le souvenir d'Eugène Péligot et de son action pour l'expansion du système métrique ? Le travail qui se poursuit depuis plus d'un siècle au BIPM est en effet une suite logique de ce dont nos aïeux , le vôtre en particulier, ont été les initiateurs avec une remarquable clairvoyance. Ce vase en sera le témoin permanent. »



    Sources : Lettre du ministère de l'Industrie du 22 mars 1979 au sujet de la Commission internationale (1872) et de la Conférence diplomatique du mètre (1875), signée par M. Louis Marquet, ingénieur divisionnaire des travaux métrologiques, chargé de la documentation, et article dans le Bulletin municipal de Sèvres, mars 1991, signé également de Louis Marquet.