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Histoire du Pavillon de Breteuil

Bref historique de 1672 à nos jours

[Texte d'une brochure publiée par le BIPM en 1991]
À l'époque de la signature de la Convention du Mètre et de la fondation du Bureau international des poids et mesures (BIPM) en 1875, le Pavillon de Breteuil avait déjà plus de deux cents ans...

Nous espérons que ces pages répondront aux interrogations concernant la riche histoire de ce bâtiment élégant dans un site magnifique.
photo of the old entrance to the BIPM

AVERTISSEMENT :


A l'époque de la signature de la Convention du Mètre et de la fondation du Bureau international des poids et mesures (BIPM) en 1875, le Pavillon de Breteuil avait déjà plus de deux cents ans. Construit par Thomas Gobert pour « Monsieur », et inauguré par Louis XIV en 1672 , il avait été témoin de la gloire de Louis XIV et des troubles de la Révolution française, il avait déjà été restauré et redécoré par l'empereur Napoléon et, pour finir, il avait été sérieusement endommagé au cours de la guerre franco-prussienne de 1870. Ce bref résumé des trois cents ans d'histoire du Pavillon de Breteuil a pour objet de compléter la brochure sur les activités scientifiques du Bureau international des poids et mesures intitulée Le BIPM et la Convention du Mètre.

Ce travail repose essentiellement sur des écrits et témoignages de personnes extérieures au BIPM. Nous devons beaucoup à un rapport – qui à notre connaissance n'a pas été publié – de Mme H. Kranz-Manoncourt, écrit dans les années 1950. Nous sommes aussi très reconnaissants à M. et Mme de Breteuil pour leur aide, en particulier pour le portrait (qui figure actuellement au château de Breteuil) et les informations sur le baron et sur l'abbé de Breteuil qu'ils nous ont fournis. Nous remerçions également Mme O.A. Schmitz, conservatrice du Musée historique du domaine de Saint-Cloud, pour les informations qu'elles nous a communiquées, et qui sont consignées dans la brochure sur le domaine national de Saint-Cloud et le catalogue de l'exposition sur le château et les jardins de Saint-Cloud, exposition qui s'est tenue en 1989 au Musée historique. Nous lui devons notamment un négatif du plan terrier de l'Hôtel d'Aunay de 1577 (Maison de Gondi) – provenant de la Manufacture nationale de céramique de Saint-Cloud – un des tout premiers plans du site actuel du Parc de Saint-Cloud. Nous remercions également M. P.-X. Hans, inspecteur des monuments historiques, pour ses notes sur l'histoire des bâtiments du Parc de Saint-Cloud où il apparaît que l'actuel Pavillon de Breteuil est bien le Trianon de Saint-Cloud de 1672, réaménagé – et non reconstruit comme cela avait été dit précédemment – en 1743.

Nous espérons que les notes ici rassemblées répondront aux interrogations des visiteurs concernant l'histoire du Pavillon de Breteuil, bâtiment élégant dans un site magnifique.

T.J. Quinn
août 1991

Le 11 août 1672 Louis XIV, roi de France, inaugurait un petit pavillon que son frère, Monsieur, avait fait construire par Thomas Gobert, architecte-ingénieur du roi, à l'extrémité sud de l'allée du Mail dans le Parc de Saint-Cloud. Commandé en 1670 et achevé fin 1671, le Trianon de Saint-Cloud, tel était alors son nom, était situé à mi-chemin d'une colline surplombant la Seine. Témoignage de l'architecture du XVIIe siècle, ce pavillon à toit plat et belvédères de style classique, construit dans un parc magnifique pour rehausser l'éclat du château de Saint-Cloud et accueillir des fêtes, est aujourd'hui connu sous le nom de Pavillon de Breteuil.

Les origines du domaine de Saint-Cloud remontent à 1577. Elles sont liées au mariage d'Henri duc d'Orléans, le futur Henri II, et de Catherine de Médicis. En 1577 Catherine, qui avait une influence considérable en qualité de reine mère et régente, acquit pour Jérôme II de Gondi le petit domaine d'Aunay, vaste d'environ 12 arpents (5 hectares), et situé sur les rives de la Seine à Saint-Cloud. La petite maison bâtie sur ce domaine devint connue sous le nom de Maison de Gondi. Jérôme et son fils Baptiste II réaménagèrent cette maison, qui devint le château de Saint-Cloud. C'est dans la Maison de Gondi qu'Henri III mourut en 1589 après avoir été poignardé par le dominicain Jacques Clément sur les bords de la Seine à Saint-Cloud.

Les jardins de la Maison de Gondi furent bientôt décorés avec des fontaines, des cascades et des statues, réalisées dans le style italien, probablement par le maître italien Thomas Francine. En 1618 Jean-Baptiste de Gondi, semble-t-il pour des raisons financières, vendit sa propriété, qui fut acquise par Jean de Bueil. Jean de Bueil mourut peu après et en 1625 la propriété fut acquise par Jean-François de Gondi, archevêque de Paris. Celui-ci améliora considérablement le domaine, à nouveau avec l'aide de Thomas Francine, par la construction de jeux d'eau, et en particulier de la Cascade de Gondi et le Grand Jet (qui existe toujours) dans le bas du Parc de Saint-Cloud.

Après sa mort en 1654 Philippe-Emmanuel de Gondi en devint propriétaire, puis son neveu Henri, duc de Retz, qui décida de vendre en 1655. Barthélémy Hervart, un banquier d'origine allemande, en devint le nouvel acquéreur. Il agrandit le domaine, qui atteint alors 12 hectares, la maison, et améliora les jeux d'eau dans le jardin. Le domaine acquit une certaine magnificence et le 8 octobre 1658 il organisa une fête somptueuse en l'honneur du jeune Louis XIV, de Monsieur, frère du roi, de leur mère Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin. Cette initiative s'avéra imprudente pour Barthélémy Hervart, car Mazarin cherchait alors un domaine à offrir à Monsieur. Environ deux semaines plus tard, le 26 octobre 1658, le roi acquiert la maison de Monsieur Hervart pour son frère Philippe d'Anjou (puis d'Orléans), « Monsieur », qui prit alors possession de sa nouvelle propriété.

En 1661 Monsieur épousa sa cousine Henriette, soeur de Charles II d'Angleterre, et ils s'installèrent dans le château de Saint-Cloud, ou Maison de Gondi comme on l'appelait encore quelquefois. Dès 1659, et pendant les quarante ans qui suivirent, Monsieur se consacra à son domaine, il l'étendit de 12 à près de 600 hectares, acquérant les terrains qui vont jusqu'à la Seine, et faisant aménager la « Maison Gondi », la grande cascade (due à Antoine Le Pautre), le Trianon (dû à Gobert) à l'extrémité sud de l'allée du Mail et situé à environ 500 toises (1 km) du château, et les jardins (dus à Le Nôtre).


La première gravure que nous possédons du Trianon de Saint-Cloud est de Pérelle et Poilly, et date de 1674. Elle montre un bâtiment asymétrique en haut d'une terrasse à balustrade surplombant un jardin à la française. Dix ans plus tard, nous pouvons voir sur une deuxième gravure de Pérelle (réalisée d'après un projet de Gobert) que la symétrie a été établie et le bâtiment semble achevé. Toutefois, la terrasse n'apparaît pas sur cette gravure, alors qu'elle existe encore de nos jours, témoignage de la fantaisie des gravures de l'époque ! Au bas d'un terrain en pente raide en dessous du Trianon, terrain bien plus pentu qu'il ne semble sur la première gravure de Pérelle, se trouve la magnifique fontaine de Vénus (qui date de 1673), que l'on peut voir sur la gravure de Mariette, et qui est - ainsi que les jardins du Parc de Saint-Cloud - attribuée à Le Nôtre, le grand architecte de jardins. La fontaine de Vénus se trouvait au centre du « Grand Parterre ». Au milieu de cette fontaine on voit « cette déesse assise sur un char en forme de coquille, derrière elle est un petit amour qui tient un parasol, formant une nappe d'eau ; à ses côtés sont quatre tritons, qui en soufflant dans leurs conques, font sortir un bouillon d'eau. Ces figures sont de métal doré. » Tout ce qui reste aujourd'hui du « Grand Parterre » est la courbe dans le mur de soutènement qui sépare le Pavillon de Breteuil du bas du Parc de Saint-Cloud.

Il est probable que le bassin circulaire, de 12 m de diamètre et près de 2 m de profondeur au milieu du jardin à la française en face du Pavillon de Breteuil date de l'époque de Gobert. Le bassin est toujours rempli de l'eau des lacs de Ville-d'Avray, à 5 km à l'ouest, par le réseau de conduites en fonte construit à l'origine pour alimenter les fontaines et bassins du domaine de Gondi au XVIIe siècle. Nous utilisons encore aujourd'hui, après réparations et extensions, le système originel d'alimentation en eau.

Dans les années qui suivirent son achèvement en 1680, Monsieur, duc d'Orléans, utilisa le Trianon comme pavillon de fêtes. Donnant l'illusion d'une demeure habitée, le Trianon se composait d'un salon, d'une chambre à coucher, d'une garde-robe et d'un cabinet de travail. Il était meublé et décoré avec goût et un très grand raffinement. Mention était faite, dans le salon, d'un lustre de bois doré à six branches, d'un tapis de Turquie, de miroirs et de peintures et, dans la chambre, d'un lit à hauts piliers et de rideaux de brocart (cf l'inventaire dressé après sa mort à Saint-Cloud en 1701). Il semble que Monsieur n'ait jamais séjourné au Trianon.

Sous la régence de Philippe d'Orléans de 1715 à 1723, le Trianon fut transformé en ermitage. Il prit le nom de Pavillon du Mail sous Louis d'Orléans (1703-1752), fils de Philippe d'Orléans et petit-fils de Monsieur. En 1743, Louis d'Orléans le fit remanier pour le mariage de son fils Louis-Philippe d'Orléans (1725-1785), duc de Chartres, et de la princesse Louise-Henriette de Bourbon-Conti. Il semble que le pavillon fut donné par Louis d'Orléans comme résidence officielle à l'abbé de Breteuil, son chancelier.

Le Pavillon du Mail prit le nom de Pavillon de Breteuil en 1785 lorsqu'il fut associé au plus illustre membre de la famille de Breteuil, Louis-Auguste le Tonnelier, baron de Breteuil (1730-1807), neveu de l'abbé de Breteuil.

Le baron avait fait une carrière distinguée au service de la diplomatie du roi. Ambassadeur en Russie sous Elizabeth puis sous Catherine II, ambassadeur en Suède à Stockholm, il sut défendre les intérêts de la France dans un grave conflit qui opposait deux factions de la Diète. Le baron fut envoyé à Naples puis à Vienne où il fut au nom de Louis XVI médiateur durant la guerre pour la succession au trône de Bavière qui opposait la Prusse et l'Autriche. Il fut l'acteur principal de la négociation du Traité de Teschen signé le 13 mai 1779. Le baron revint en France en 1783 et fut nommé ministre de la Maison du roi et ministre de Paris. En 1784, il fut chargé avec le ministre des Finances, Calonne, de négocier le rachat par Marie-Antoinette du Domaine de Saint-Cloud au duc d'Orléans. En remerciement du succès de cette transaction, qui marqua le départ définitif de la famille d'Orléans de Saint-Cloud, le baron fut chargé de l'administration du domaine et fit du Pavillon du Mail - désormais Pavillon de Breteuil - sa résidence officielle. Il y prépara une fête en l'honneur de la première visite de Marie-Antoinette à Saint-Cloud. Elle devait avoir lieu le 26 septembre 1785 au Pavillon de Breteuil, mais elle fut annulée au dernier moment en raison de la mort de la reine de Sardaigne.

Le baron était un homme dont les conceptions humanitaires et sociales étaient très en avance sur son temps. A l'époque où il était ministre de Paris, il mit sur pied d'importantes réformes dans les hôpitaux et les prisons. Il s'intéressa aussi beaucoup aux sciences et devint membre de l'Académie des sciences le 11 décembre 1785. C'est à lui que Cassini IV demanda en 1785 d'appuyer sa requête auprès du roi pour obtenir des fonds pour équiper l'Observatoire de Paris de nouveaux instruments. Il obtint les fonds en question et Cassini et le baron firent le projet d'enseigner l'anglais aux meilleurs fabricants d'instruments français afin de les envoyer en Angleterre étudier les techniques les plus avancées de l'époque. Après une dispute avec Loménie de Brienne, il démissionna de sa charge de ministre du roi en 1787, mais fut rappelé deux ans plus tard, et du 11 au 16 juillet 1789 il fut le principal ministre du roi. Il émigra le 17 ou 18 juillet 1789. Il reçut en exil les pleins pouvoirs du roi pour accomplir une dernière mission auprès de souverains européens le 6 octobre 1790. Pour cela le roi lui donna, à une date restée secrète, carte blanche au sens littéral du terme, puisqu'il s'agissait de rien moins qu'une feuille blanche portant la signature du roi.

Le baron ayant émigré, son domaine devint propriété inaliénable de l'État en 1793, comme annexe du château de Saint-Cloud, et fut mis sous la surveillance d'un gardien. Lorsque, à son retour en France en 1802, le baron de Breteuil demanda la restitution de ses biens, il lui fut impossible de l'obtenir.

Le plan du Pavillon de Breteuil et du parc de Pont la montagne en 1793 (Archives départementales des Yvelines) montre bien l'état des lieux à cette époque, et permet de voir les modifications qui ont été apportées par la suite (toiture, arrondi des « Grandes Salles », surélévation centrale, bâtiments annexes...).

En 1799 le Pavillon de Breteuil fut occupé par l'armée et laissé dans un état lamentable. Cette même année, le citoyen Maréchaux, architecte du château, envoyait le rapport suivant au ministre de l'Intérieur : ? ... ils en ont incendié une partie et brisé entièrement les boiseries, le parquet des planchers pour se chauffer et ils ont enlevé les serrures de sorte qu'il y a de fortes réparations à faire... ? Néanmoins, Maréchaux proposa de louer le pavillon à condition, ajouta-t-il, que le locataire fasse les réparations nécessaires.

Peu après, le Premier Consul s'installa dans le château de Saint-Cloud nouvellement restauré en 1802, et donna l'ordre que le Pavillon de Breteuil - rebaptisé Pavillon d'Italie (Napoléon voulait le donner à Marescalchi, ministre des relations extérieures d'Italie) - soit aussi restauré. Le bâtiment prit alors l'aspect extérieur que nous lui connaissons encore aujourd'hui : les avancées octogonales aux deux extrémités du bâtiment s'arrondirent (à l'emplacement de la ? Grande Salle ? et du salon des appartements du directeur), et le Pavillon fut surélevé dans son milieu.

Vers 1806, alors que les travaux de restauration du bâtiment principal n'étaient pas achevés, les dépendances étaient utilisées pour loger vingt-quatre chevaux de l'empereur, de nombreux membres de sa suite et deux gardiens du parc. La même année, à la demande de l'impératrice Joséphine, on fit des travaux pour installer une salle de bains d'eaux de Barèges (une eau sulfureuse dont les vapeurs risquaient d'abîmer les dorures du château) dans le Pavillon.

En 1807 les appartements du Pavillon de Breteuil étaient prêts à accueillir, en août de cette année, le roi Jérôme de Westphalie, le plus jeune frère de Napoléon, qui venait d'épouser Catherine de Würtenberg.

En mars 1810, le Pavillon d'Italie s'apprêtait à accueillir l'empereur lui-même, le jour de l'arrivée de l'archiduchesse Marie-Louise à Saint-Cloud, à la veille de son mariage civil. Au dernier moment Napoléon modifia ses projets. La même année le Pavillon d'Italie servit de résidence à Caroline Murat, reine de Naples et en 1811 les princes de Hollande [Napoléon-Louis et Charles-Louis Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III], fils de Louis Bonaparte, y séjournèrent. D'après les rapports de l'époque, l'empereur l'avait meublé avec goût et magnificence.

L'occupation autrichienne de 1814 ne semble pas avoir laissé de traces au Pavillon de Breteuil. Lors de l'emménagement du comte d'Artois au château de Saint-Cloud en juillet 1814, l'architecte Le Père fut chargé d'aménager le Pavillon de Breteuil pour que le prince puisse y prendre des bains-douches. L'année suivante, les troupes alliées firent le siège du Pavillon ; certains, comme le général Blücher, l'endommagèrent sérieusement, ce qui n'avait pas été le cas lors de l'occupation par les autrichiens. Le 23 novembre, Le Père mit en sûreté au château de Saint-Cloud les miroirs qui avaient échappé au pillage, profitant du départ des troupes pour les enlever.

Des travaux furent entrepris en 1817, sous la Restauration. L'année suivante le Pavillon de Breteuil fut l'objet de plusieurs propositions : le comte de Pradel, directeur de la Maison du roi, le donna au comte de Hoguerté. A la même époque, le marquis de Vernon, premier écuyer du roi, le sollicita pour un écuyer du comte d'Artois. Malgré les réparations de l'année précédente, le Pavillon de Breteuil n'était pas encore habitable. Des travaux considérables et dispendieux s'imposaient, et aucun mobilier ne subsistait. Il fut même suggéré d'utiliser le Pavillon de Breteuil comme communs pour des écuries.

En 1820, le garde des Sceaux de Serre, trouvant ses appartements au château de Saint-Cloud inadaptés quand la Cour y résidait, exprima le désir de loger au Pavillon de Breteuil et demanda que des travaux y soient effectués. Quelques mois auparavant, il avait été question de mettre le pavillon à la disposition de la duchesse de Berry, mais elle voulait qu'il soit entièrement redécoré, ce qui aurait coûté plus de 7000 francs. La dépense fut jugée excessive et l'idée fut abandonnée. M. de Serre fut moins exigeant, et se limita aux réparations indispensables et fit tapisser les murs de papier ordinaire pour éviter de refaire les peintures. La dépense se monta à 1500 francs.

En 1822 le Pavillon de Breteuil fut affecté au service du gouverneur du château de Saint-Cloud, le vicomte d'Agoult, un émigré qui avait servi dans l'armée des princes pendant la campagne de 1792, et accompagna Louis XVIII à Vérone, Mittau puis en Angleterre. Promu lieutenant-général lors de la restauration des Bourbons, il devint le premier écuyer de la duchesse d'Angoulême et fut nommé en 1821 gouverneur de Saint-Cloud. Le Pavillon de Breteuil fut à nouveau remis en état pour sa venue. La même année, la princesse Esterházy, épouse de l'ambassadeur d'Autriche à Paris, fit de courts séjours au Pavillon de Breteuil. La duchesse d'Angoulême, qui résidait au château de Saint-Cloud, lui rendit alors de fréquentes visites.

En 1823-1824, le duc de Blacas d'Aulps, premier gentilhomme de la Chambre du roi, résida au Pavillon de Breteuil avec sa famille. Lui aussi émigré, il avait été à la Restauration nommé ministre de la Maison du roi, secrétaire d'État, grand-maître de la garde-robe et intendant général des bâtiments de la couronne. Comme ministre de la Maison du roi il avait été chargé du réaménagement du château de Saint-Cloud à l'occasion de la première visite de Louis XVIII en 1816.

Le Pavillon de Breteuil fut habité pendant quelques mois en 1830-1831 par Maréchal, gouverneur provisoire du château. A son départ le bâtiment resta inoccupé, à l'exception d'un gardien qui veillait sur le mobilier de valeur. En 1831 le Pavillon de Breteuil fut mis à la disposition du duc de Castries, gouverneur du château de Meudon, qui avait été obligé de céder ses appartements de Meudon à Dom Pedro, empereur du Brésil, lors de son séjour en France. Nous n'entendons plus parler du Pavillon de Breteuil jusqu'en 1842, date à laquelle il est affecté au service du comte de Montalivet qui, après avoir quitté le ministère de l'Intérieur en 1839, fut nommé « Intendant de la liste civile », poste qu'il occupa jusqu'en 1848. En novembre 1842 un entrefilet du Journal des débats nous informe que le comte de Montalivet était retenu au Pavillon de Breteuil par un accès de goutte !

Durant la monarchie de Juillet (1830-1848) Louis-Philippe, comme ses prédécesseurs, séjourna à Saint-Cloud. Après la chute de Louis-Philippe en 1848 le Pavillon de Breteuil, tout comme le château de Saint-Cloud, se trouva dépendre du ministère des Travaux publics. Pendant les quatre années qui suivirent, juste avant le rétablissement de l'Empire, le ministère des Travaux publics tenta à plusieurs reprises de louer la propriété, décrite comme « une habitation de plaisance avec jardins et dépendances ». La location, qui comprenait également le mobilier, fut mise aux enchères.

Une des plus célèbres locataires fut la princesse Mathilde Bonaparte, fille du roi Jérôme de Westphalie. Cousine germaine du prince Louis-Napoléon, qu'elle faillit épouser, la princesse Mathilde vivait séparée de son mari le prince Anatole Demidoff. Elle vécut à Paris durant les dernières années du règne de Louis-Philippe. Quand Louis-Napoléon devint président, le salon de la princesse Mathilde devint rapidement célèbre et attira de nombreux artistes et écrivains. Chaque été, de 1849 à 1853, elle séjourna au Pavillon de Breteuil. Selon son biographe, Joachim Kühn, Mathilde vivait au Pavillon de Breteuil entourée de ses plus proches amis. Elle aménagea un boudoir décoré de coussins moelleux et de porcelaines choisies où elle lisait les derniers romans et poèmes. Sous le toit elle avait installé un atelier, aux murs tendus d'étoffes, où étaient accrochés peintures et croquis. C'est là qu'elle peignait avec le peintre Giraud, dans un coin Nieuwerkerke modelait un buste, tandis qu'une des dames lisait à voix haute. L'après-midi Nieuwerkerke la promenait en voiture dans les bois voisins de Meudon, Marnes, Ville d'Avray ou Versailles. En soirée, elle recevait souvent des visites : Exelmans, Castellanne, le prince Lucien Murat venaient lui apporter les dernières nouvelles de Paris... Parmi ses visiteurs se trouvaient aussi Saint-Arnaud, Alexandre Dumas et le docteur Véron, célèbre pour ses pillules, qui devint directeur de l'Opéra. Au château de Saint-Cloud, non loin de là, le prince président donnait des fêtes que Mathilde présidait. Lors du rétablissement de l'Empire en 1853, Mathilde se trouvait pour la dernière fois au Pavillon de Breteuil. La dernière mention des habitants du Pavillon de Breteuil avant la chute de l'Empire en 1870 provient d'un entrefilet du Moniteur Universel du 3 octobre 1869 « ... le château de Breteuil habité tour à tour par la princesse Mathilde, la grande duchesse de Bade et la grande duchesse Marie de Russie... »

En 1870, quelques mois avant la chute de l'Empire, Napoléon III avait donné son accord pour l'installation d'un observatoire d'astrophysique au Pavillon de Breteuil. M. Jules Janssen (qui sera directeur de l'Observatoire de Meudon) était déjà désigné pour en prendre la direction.

Durant le siège de Paris, le Pavillon de Breteuil fut sérieusement endommagé par des projectiles que les français destinaient à une batterie prussienne postée sur la colline qui dominait le Pavillon. Les écuries et remises dans la cour furent complètement démolies, seuls les logements de fonction du personnel de service dans le Petit Pavillon au sud du bâtiment principal restèrent debout. C'est dans cet état que le gouvernement offrit le site en 1875 au Comité international des poids et mesures pour y établir le Bureau international des poids et mesures (BIPM).

...  

L'installation du BIPM était prévue par la Convention du Mètre, signée à Paris le 20 mai 1875 par dix-sept nations. Le Comité accepta cette offre et des travaux furent entrepris pour remettre en état le Pavillon de Breteuil et construire un nouveau bâtiment pour y abriter les laboratoires avec les appareils et équipements nécessaires au BIPM.

10th CIPM, 1894 2nd CGPM, 1895

Ainsi commence l'histoire moderne du Pavillon de Breteuil. En 1884 le bâtiment destiné à l'aménagement des laboratoires, appelé « Observatoire », fut mis en service, et en 1889 la première Conférence générale des poids et mesures sanctionna les nouveaux prototypes internationaux du mètre et du kilogramme, et demanda qu'ils soient officiellement déposés au Pavillon de Breteuil. L'Observatoire fut agrandi en 1929, grâce à un don de la Fondation Rockefeller. Depuis, le développement des activités du BIPM a rendu nécessaire la construction de nouveaux bâtiments ; en 1964 deux bâtiments ont été construits pour les laboratoires de la section des rayonnements ionisants (qui ont nécessité l'extension du domaine, le portant à 4 hectares environ) ; en 1984 un bâtiment a été construit pour le travail sur les lasers ; en 1988, un bâtiment destiné à l'administration et la bibliothèque a été inauguré, et plus récemment, le Pavillon de Mail a été inauguré en 2001.

Depuis 1875 le BIPM a eu treize directeurs, qui ont tous, à l'exception de Govi, à une époque où le Pavillon de Breteuil était en travaux, résidé au Pavillon de Breteuil.

L'accord de siège du 25 avril 1969 règle les rapports entre le Comité international des poids et mesures et le Gouvernement français. Le site du Pavillon de Breteuil est maintenant considéré comme territoire international et le BIPM possède les droits et privilèges accordés à une organisation intergouvernementale.

Nous pensons que le baron de Breteuil serait heureux de savoir que, après des débuts très mouvementés, le pavillon qui porte son nom dans le Parc de Saint-Cloud est devenu le siège permanent d'une organisation scientifique internationale.


[Mise à jour 2005]